Longtemps, je me suis demandée où était ma place et un matin, j’ai réalisé que j’étais une écoféministe. Un peu comme une évidence, j’ai fait mon coming out politique, j’ai pris ma place. Depuis des années j’étais rongée par une colère que je n’arrivais pas à identifier et en posant ce mot simple et pourtant étrange sur ma douleur, une nouvelle perspective s’est offerte à moi: vivre dans un monde meilleur.

Comme tous ceux à qui je raconte mon histoire vous vous demandez: mais c’est quoi l’écoféminisme ?

C’est un mouvement qui fait le lien entre l’oppression vécue par les femmes dans le système patriarcal depuis des siècles avec l’exploitation de la « nature » pour ses ressources dont voici la théorie.

La société admet deux domaines : celui de la production (le marché) attribué à l’homme, et celui de la reproduction (la famille) à la femme. Cependant, il apparaît que le domaine de la production a un impact non négligeable sur celui de la reproduction, sur la nature et sur lui-même entraînant les problèmes environnementaux que l’on connaît. Un rééquilibrage des forces au sein de la société permettrait une mise en place de stratégies communes dans la lutte contre le changement climatiques et aussi de se préparer ensemble aux changements indéniables qui devront être mis en place dans les décennies à venir.

On associe souvent les femmes à ce qui est naturel. Dans la théorie susmentionnée, on qualifie la femme par ses particularités biologiques de reproduction et on lui attribue les tâches sociales en rapport avec le soin, les enfants, les animaux… En somme, on estime que les femmes sont par essence plus proches de la nature car elles ont fonction de reproduction, élément éminemment naturel et biologique. En outre, la manifestation de ses émotions ou l’expression de sensations physiques, sont également considérés comme des attributs féminins. Les garçons sont découragés de les manifester et ce dès le plus jeune âge car ils ne sont pas considérés comme virils.

Nous sommes ici bloqués par une des bases de notre vie en société, à savoir la dichotomie entre nature et raison, non loin du dilemme « nature/culture». La raison est une faculté de l’esprit humain lui permettant d’organiser le monde en se basant sur son intelligence et en se coupant de ses émotions et de ses impulsions. La nature quant à elle est tout ce qui découle d’une relation de cause à effet (principes physiques) dans un espace déterminé ainsi que l’ensemble du réel indépendant de la culture humaine. De sorte, en attribuant les émotions à la femme, on la dénue de capacités réflexives et donc, de prise de pouvoir dans le monde. Elle est en quelque sorte éloignée de la culture humaine puisque plus apte à apprécier la nature. Dans cet état de chose, le fait pour les femmes d’être plus proches de la nature les rend inférieures aux hommes. Ceci conduit à une disqualification des femmes dans le domaine de la raison et de tout ce qui a trait à l’intellect ou à la prise de décision en société. L’appropriation du corps de la femme par la société est également une forme d’aliénation empêchant les femmes de pouvoir vivre et agir librement.

Un des moyens d’action des écoféministes est la réappropriation de ces catégories qui leur sont actuellement attribuées par la société et ce afin de se recentrer. C’est-à-dire, de se réapproprier ces pratiques fondamentales pour changer le monde et éduquer la population au fait, qu’elles ne sont pas propres aux femmes mais qu’elles appartiennent à l’ensemble de l’humanité.

Comment alors, s’émanciper, agir pour la nature sans en être coupée ? La seule solution envisageable est de reprendre le pouvoir dans nos vies et de se réapproprier ces éléments en leur donnant une valeur qui jusqu’à présent, leur est interdite. Par là-même, agir en éducatrice et en lanceuse d’alerte sur la capacité intrinsèque à chaque être humain à vivre ses émotions, sensations et sentiments, mais aussi d’accepter enfin, que nous faisons tous partie intégrante de la nature.

Certes, la civilisation a depuis des siècles cherché à maîtriser la nature pour sa propre survie. Mais nous sommes arrivés à un point où, loin de la maîtrise, nous avons amorcé sa destruction, ce qui implique la nôtre. Nous oublions trop vite que pour vivre, nous avons d’air, d’eau et de nourriture, comme la plupart des êtres vivants sur cette planète. Nous faisons fi des avertissements de nos propres organismes en vivant déconnectés de l’environnement. Citons les recrudescences d’allergies, d’obésité, de diabète et autres maladies métaboliques qui n’existent pas dans la nature. Si c’est ça, la supériorité de l’humain sur la nature, alors nous sommes un parfait exemple d’échec.

Alors, quelles alternatives s’offrent à nous ? Comment sortir de cette boucle délétère où nous nous tuons à petit feu ? Il est impératif de repenser le pouvoir, de le redistribuer de manière intelligente, et que nous soyons tous partie prenante. Il faut renouveler la pensée pour faire émerger l’imaginaire. Il faut retisser les liens, physiques et éthiques entre l’homme et la femme, entre l’humain et le non humain pour que nous reprenions confiance dans ce rapport d’interdépendance. Le système patriarcal capitaliste dans lequel nous évoluons promeut la mise à distance de tous avec tout. Afin de reprendre contact avec son humanité profonde, il faut renverser cette mise à distance et œuvrer pour un rééquilibrage des forces et un juste rétablissement des vulnérabilités.

L’état de société est l’état naturel de l’être humain. Il existe entre nous tous une égalité fondamentale : on ne peut vivre ensemble que si la liberté de chacun se rapporte à l’universel. Il est de notre devoir de préserver ces principes fondamentaux de liberté et d’égalité, manque encore la fraternité bien que cela soit justement le but de l’action écoféministe. Elle propose une alternative à la vision actuelle où la nature et la femmes sont aliénées. La nature n’est pas une ressource, nous sommes la nature, et elle est en nous.

« Qui ne voit la nature partout, ne la voit correctement en aucun lieu. » Goethe

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