Je n’ai jamais aimé le jeudi. Ça a toujours été le pire jour de la semaine : les matières étaient inintéressantes à l’école, je m’y ennuyais encore plus que d’habitude et il n’y avait rien à la télé le soir. Ah si, il y avait « le policier du jeudi » que je regardais religieusement avec mon père. Ces épisodes, quoique cousus de fil blanc, m’ont appris à penser autrement, à me mettre à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il ressent et mieux communiquer avec lui. Jeudi, jour de Jupiter, jour du pouvoir absolu, jour le plus creux de la semaine dominé comme tous les autres, par d’autres que moi.

Pour faire d’une longue histoire une courte pensée : comme chaque être humain qui est passé sur cette planète, j’ai été humiliée, blessée, injustement traitée et délaissée. Et comme toutes les femmes qui ont vécu et j’espère, aucune de celles qui nous suivrons, j’ai été bafouée dans ma féminité. Ces traitements immondes que notre société réserve aux femmes, je les ai tous vécus dans ma chair, j’en ai extrait la colère, puis la révolte et après un long processus alchimique, j’ai obtenu leur résolution.

J’ai compris pourquoi c’est toujours sur nous que ça tombe et comment le contrer, j’ai compris quels étaient nos devoirs, nos droits et nos privilèges, j’ai compris qu’il n’y a que nous, Femmes, qui pouvons remettre les choses en ordre et surtout, comment s’y prendre. C’est par la grâce de cette révolte absolue que j’en suis arrivée à ce constat simple et évident : c’est à notre tour maintenant.

Mais commençons par le commencement si vous le voulez bien, définissons ensemble ce que j’entends par Femmes. Je parle de l’esprit féminin dans son intégralité, celui qui habite toute chose et tout être car il est la partie créatrice que le monde a mis en nous. Il s’agit d’une parcelle d’énergie qui émane de chacun, hommes et femmes, êtres organiques et inertes, et qui permet le renouvellement infini de la vie cosmique. Lorsque l’on examine les cultes de la fertilité dans les civilisations antiques, c’est cette Femme qui est honorée et révérée comme garante de la perpétuation de la vie, comme protectrice des ressources et des biens et comme dispensatrice de l’Amour, énergie polaire de mutation et de transformation des éléments.

Les grecs anciens l’avait bien compris. Dans leur cosmogonie, de chaos sont nées deux entités : Eros et Antéros. L’époque romantique a bêtement qualifié ce dernier de Thanatos, la mort. Mais la mort n’est pas, et de loin, l’opposé d’Eros. Eros est la pulsion créatrice et l’élan vital. C’est par Eros que tout pousse, croît et se reproduit. Et il a donc son opposé : Antéros, qui mène à la destruction et à l’anéantissement. C’est un cycle d’énergie qui croît puis décroît, qui se crée puis se détruit, facilement représentable par le cycle de la Lune de pleine à pleine.

Ainsi, il est évident que cet esprit féminin est partout et en chacun d’entre nous et il est indispensable de le cultiver. N’allez pas croire que, parce que féminin, il est plus présent chez les femmes. La culture patriarcale s’est arrangée pour que cette énergie si puissante soit détournée à leur avantage et qu’elle leur serve afin de leur garantir une descendance et du pouvoir dans le monde.

Revenons en aux Grecs je vous prie. Au Vème siècle avant notre ère, Athènes énonça une réforme du mariage qui allait bouleverser l’équilibre du monde. Afin de pouvoir obtenir la citoyenneté Athénienne, un enfant devait naître d’une union légitime entre un homme et une femme mariés. L’enfant obtenait, en plus du nom du père, le droit d’hériter de lui. Le père avait alors l’assurance d’enfants de son sang, la femme restant le plus souvent cloîtrée dans le gynécée et donc dans l’impossibilité d’avoir un amant, et le pouvoir de concentrer les biens et propriétés, transmises à ses descendants mâles. Les femmes, privées de droit à l’héritage, écartées de la vie politique, reléguées au rôle de génitrices n’avaient de valeur que dans leur capacité à engendrer des garçons, et les élever jusqu’à leur entrée à l’école. Ensuite, ils étaient pris en charge par des précepteurs hommes qui s’assuraient de leur inculquer la loi grecque, virile et martiale.

A partir de cette réforme, la femme était garante de la reproduction dans la société mais à condition qu’elle serve les intérêts masculins. La femme n’était plus en mesure de choisir le reproducteur qu’elle souhaitait, elle n’avait plus le choix sur ce qu’elle estimait le mieux pour elle et sa descendance. C’était au tour de l’homme de s’assurer que son héritage et son nom seraient conservés et honorés par les générations suivantes. Cette forme de mariage est celle qui domine jusqu’à nos jours dans les civilisations « modernes ».

Évidemment, certaines voix peuvent s’élever et dire qu’il en va de la protection de la femme que d’être mariée à un homme, qui prendra soin d’elle et de ses enfants. De quelle protection parlons-nous ? Celle de recevoir un abri, de la nourriture et des vêtements ? L’histoire est pleine de ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, les nourrissent, les protègent, les éduquent, sans présence masculine. Le mariage n’est qu’un asservissement de la femme, la reléguant au mieux, au statut de « maîtresse de maison », au pire, de domestique sans la parole. C’est à partir de cette loi interdisant à la femme la possibilité de faire des enfants avec qui elle le veut, que le joug de la domination masculine s’est peu à peu refermé sur elle.

C’est en cela, que je dis que l’homme a détourné le pouvoir féminin de création à son avantage, ne laissant à la femme que la possibilité d’enfanter sans pouvoir ensuite éduquer dans le respect de ce pouvoir. Et ce détournement est à l’origine de tous les problèmes que nous rencontrons dans notre civilisation qui n’est autre que patriarcale mais qui pourrait être bientôt amenée à changer.

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