Je ne sais pas vous, mais moi, ce confinement commence à me taper sur le système et même à m’esquinter sérieusement le moral. Et pourtant, je suis rodée : ça fait trois ans que je vis comme ça. Bon, pas tout à fait il faut être honnête : il y a un peu plus de monde chez moi 24h/24 en ce moment. Alors, pourquoi je m’inflige un tel traitement demanderez-vous et justement ? Parce que je cherche ma place en ce monde et ce depuis vraiment trop longtemps. Je vis dans un petit appartement à Tokyo, une cage dorée peut-être mais un lieu d’enfermement tout de même. Et à l’heure actuelle, de plus en plus de personnes réalisent qu’elles aussi, vivent en prison et voudraient être libérées.
Examinons la situation : pour près de 4,5 milliards de personnes à travers la planète (ce chiffre est inimaginable, je n’arrive pas à me projeter autant d’individus), le seul endroit où ils peuvent évoluer (et encore quand ils en ont un) sans autorisation particulière, c’est entre les quatre murs de leur habitation. Et ce que certains commencent à réaliser, c’est que cet endroit n’est peut-être pas leur « chez-eux », un endroit où manger, dormir et faire diverses choses certes mais, pas là où ils se sentent bien. Subitement les interminables heures de paperasse et de queues dans les magasins deviennent enviables… bien plus que de rester seul avec soi-même et de regarder le trou béant que nous avons tous dans la poitrine.
Aïe. Nous ne voyons plus que ça, l’ombre tapie dans nos cœurs, puisqu’il n’y a plus rien pour nous distraire et qu’elle, elle est là. C’est d’ailleurs une des seules choses qui n’a pas disparu de nos vies. Toute cette agitation quotidienne qui nous permettait de ne pas voir ces ombres effrayantes et douloureuses, envolée, évanouie sans autre espoir que de faire renaître la lumière pour chasser l’obscurité. On en a tous peur et c’est normal. L’inconnu, l’indiscernable, l’impalpable… dans notre monde où tout doit être compté et mesuré, cette noirceur au fond de nous est une abomination et une anomalie qu’il faut éviter et ignorer. Mais à force de l’ignorer et de l’exclure de nos vies, nous en sommes à ne plus voir qu’elle et la peur s’installe, encore plus noire, gluante et plombante que ces petites ombres au fond de nous.
Et pourtant, il suffit d’allumer la lumière pour que les ombres se cachent et pour éventuellement, retrouver un chez soi agréable. Elles ne disparaissent pas tout à fait mais elles peuvent se faire moins menaçantes et c’est bien ce que nous recherchons. S’il n’y a plus d’ombre, c’est qu’il n’y a plus de lumière non plus : est-ce cela que vous voulez, une vie vide, sans relief ni éclat ? Non, nous sommes tous à la recherche de ce soleil intérieur, réconfortant et éblouissant, celui qui éclaire nos zones d’ombre et leur donne même un aspect aimable. Oui, toutes ces ombres au fond de nous font partie intégrante de nous, elles ont autant le droit de vivre que nos pensées les plus radieuses, et il faut aimer qui nous sommes avec nos ombres et nos lumières. Tout en nous est aimable et l’accepter, c’est pouvoir vivre en paix avec soi-même et par extension, avec le reste du monde.
Et revoilà mon cheval de bataille. Il n’y a que deux mouvements dans l’univers, les Grecs l’avaient bien compris. A l’origine était le Chaos et de lui sont nés Eros et Antéros. Et non, pas Thanatos, merci les Romantiques et Freud mais non, l’opposé, le complément d’Eros n’est pas la mort. Eros est tout ce qui attire et Antéros est tout ce qui repousse. Il n’y a que deux mouvements et ils sont l’amour et la peur. La peur, celle qui nous fait rejeter en bloc l’autre, qui nous conduit dans l’ombre. Alors, oui, certains mouvements de « peur » peuvent sauver une vie comme par exemple de se sauver à toute jambe quand un prédateur attaque mais, et oui mais, ceci n’est pas de la peur mais de l’amour, de l’amour pour soi et pour sa vie. Et éprouver un amour incandescent, une passion irrépressible qui nous pousse aux derniers extrêmes tant dans nos comportements que dans notre chair n’est pas de l’amour non plus, c’est de la peur. La peur de l’abandon, la peur de ne pas être aimé en retour mais non, l’amour ce n’est pas ça non plus. C’est compliqué hein, l’amour et la peur. Comment bien distinguer les deux, eh bien en apprenant et en pratiquant.
En ce moment, nous avons tout le temps pour les apprivoiser, pour leur donner une nouvelle définition, plus juste et plus équilibrée dans nos vies. Redonnons-nous d’abord l’amour que nous méritons puis, essaimons. Petit à petit, élargissons le rayon d’action de l’amour que l’on peut prodiguer, cette agréable chaleur, ce doux réconfort dont nous avons tous besoin et qu’il est temps de se donner. Reconstruisons notre foyer intérieur en l’alimentant de cet amour indispensable et gratuit sans lequel il n’y aurait pas de vie. Le confinement n’en sera plus un quand vous aurez compris de quel espace intérieur vous bénéficiez en faisant place à la lumière, de quelles dimensions supplémentaires vous pouvez jouir en libérant l’amour et en le faisant grandir, s’étendre de votre cœur à celui des autres êtres vivants. Reprenez possession de cet espace de liberté qui vous est propre, que personne ne peut aliéner sauf vous en lui refusant l’amour dont il a besoin pour se déployer.
Le monde dans lequel nous vivons nous exhorte à la peur. Peur des immigrés qui nous envahissent, peur de la mort par Coronavirus, peur des attaques nucléaires d’un dictateur en Asie, peur de la fin du monde par défaillance du système économique, peur pour l’avenir de nos enfants… mais ce ne sont que des peurs. Ce n’est pas la réalité. Ce sont des constructions mentales pour essayer d’appréhender notre environnement au mieux mais pris sous le mauvais angle. Des êtres iniques utilisent la peur pour contrôler le monde: ce sont des manipulateurs invétérés et vous ne devez pas vous laisser contrôler de la sorte. Il n’y a que vous qui puissiez dépasser ces injustices, ces peurs, ces injonctions normatives et il n’y a qu’un moyen de s’en libérer, c’est d’aimer. Aimer justement, aimer clairement, aimer vraiment.
Une fois que vous aurez fait la lumière dans vos cœurs, que vous vous serez posé ces questions indispensables et salutaires, vitales même telles que : Est-ce que je fais le bien? Est-ce que mon métier est utile à tous ? Est-ce que je prends aux pauvres pour donner aux riches ou est-ce que j’agis dans la justice et la justesse? Y a t-il de la lumière en moi et autour de moi ? Est-ce que je passe du temps de qualité avec ceux que j’aime ? et d’autres encore qui sont déjà là et qui ne demandent qu’à être écoutées et examinées. Une fois donc que vous vous serez posé ces questions, que vous y aurez répondu honnêtement et franchement alors, vous aurez déjà commencé à dissiper les ombres au fond de vous.
Nous vivons une période très sombre, vous l’aurez compris, mais nous pouvons tous changer cela et très simplement, en réapprenant à aimer. Je ne dis rien de nouveau. D’autres bien plus sages et illustres que moi l’ont dit et appliqué et ils ont apporté la lumière à des générations d’humains qui vivaient et vivent encore sous le règne des peurs et des passions. Écoutez, voici en peu de mots la pensée d’Epicure, « on ne peut vivre heureux qu’en suivant la prudence, l’honnêteté, la justice ; ni pratiquer ces vertus sans être heureux » ou encore : « l’homme juste est le plus tranquille de tous les hommes. L’injuste l’est le moins. » Nous cherchons tous cette tranquillité d’âme et de corps, et elle s’épanouit dans l’amour. Cet accueil de l’amour n’est qu’un premier pas vers la connaissance de soi car c’est en s’aimant sincèrement et sans jugement, d’un amour inconditionnel que nous pouvons laisser grandir notre être véritable et enfin, devenir qui nous sommes en s’affranchissant de ce que nous avons.
Pour conclure, nous sommes tous enfermés, non pas que dans nos logements mais surtout dans nos têtes et dans nos cœurs. Nous avons tous peur de tout, inutile de faire une liste, notre monde est devenu un repaire d’événements anxiogènes. Nous commençons tous à réaliser que nous ne serions pas arrivés à cette situation si notre mode de vie était plus juste et tranquille et qu’il est impératif de retrouver cet état, afin de voir le monde prospérer et non s’autodétruire comme il le fait. Serions-nous enfin prêts pour entrer dans l’âge adulte comme le souhaite Kate Raworth dans ce fantastique article dans Usbek et Rica?
Serions-nous enfin prêts à arrêter de vouloir ex-croître et enfin à prospérer ? Serions-nous enfin prêts à faire de la place dans nos vies et dans nos cœurs pour y cultiver l’amour? Je veux y croire et je vous y enjoins également. Alors voilà pour ce, je commence : je vous aime et je vous souhaite de prospérer. Je m’aime et je me souhaite de prospérer. Recevez cet amour, c’est un don et il est sincère puis donnez à votre tour, vous verrez en plus d’être très facile, c’est infiniment agréable. Et plus on s’aimera et mieux on vivra tous ensemble. Allez, bisous et comme dit ma mère: nous avons fait le plus dur, nous sommes nés, maintenant il faut bien vivre.

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